« Google Spleen » me colle le blues

google_couverture

En 1998, avec leur brûlot « Le Hold-up planétaire » Roberto Di Cosmo et Dominique Nora ambitionnaient d’éveiller les consciences au danger que représentait un Microsoft aujourd’hui bien affaibli. Du fait de son monopole quasi exclusif sur le segment sensible de la recherche d’informations, c’est aujourd’hui Google qui cristallise les soupçons et les inquiétudes. D’autant que le moteur aux lettres colorées n’est pas franchement partisan de la transparence quant à son fonctionnement interne…

Sur cette angoisse tente de surfer Renaud Chareyre et son bouquin « Google Spleen » qui s’est invité il y a quelques jours dans nos boites mails. Spam ? Admettons qu’il aurait été difficile de faire la promo du livre à coup de campagne addwords. Et pour cause, objectif affiché : écrire, je cite « l’anti-légende de Google ». Rien que ça.

Un site web 0.5 radioactif

« Google Spleen » c’est aussi un site aux couleurs radioactives consultable ici : http://www.googlespleen.com . Déjà, j’avais des doutes. Pas à cause de l’esthétique, non, je ne suis pas un snobinard : on a le droit d’avoir rien à cirer du webdesign quand on publie une étude. Mais bon, quoi, pas de blog, pas de forum, pas d’interview vidéo pas même un pauvre fil rss ! le web de papa, quoi, le niveau zéro de la geekerie ! Quand on prétend se payer Google en 2009, c’est un peu court, non ?

Quelques jours plus tard, l’auteur a mis son premier chapitre en téléchargement gratuit. Il aurait peut-être pas dû.

23 pages en téléchargement qui coûtent le temps de les lire

Mais du temps pour le coup vraiment perdu. Bon prince, je vous résume : Google, figurez vous, n’est pas aussi gentil qu’il en a l’air. C’est une entreprise qui cherche à gagner du pognon. Scoop !

Ce qui se veut une charge anti google tient au rabâchage d’arguments lus et relus une bonne centaine de milliers de fois sur tous les forums des dix dernières années. Google tire ses revenus de ses recettes publicitaires qui font du coup planer un doute sur l’objectivité de son moteur de recherche d’informations (re scoop !). Il s’autorise des pratiques discutables quant au respect des données personnelles et de la vie privée (re re scoop !). Enfin, voyez-vous, il nous formate l’esprit (re re re scoop !).

Pas d’enquête, pas d’analyse

Renaud Chareyre, l’auteur, est supposé avoir eu « de multiples échanges avec certains membres du personnel de Google, parfois dans des contextes très privilégiés ». Et alors, quoi ? pas même l’ombre d’une petite info exclusive ? Un truc vraiment sale que de grands méchants cadres de Google auraient pu se proférer au détour d’un couloir, sans savoir qu’ils étaient épiés par notre valeureux défenseur de la pluralité de l’information ? Je sais pas, moi, quelque chose comme le temps de cerveau disponible de Le Lay… Ca ça aurait valu les 21 euros qu’est supposé coûter « Google Spleen ».

Mais non, rien

Et si Renaud Chareyre n’a pas d’info spécialement croustillante à nous donner, il ne lui était pas interdit de réfléchir. Google est dépendant de sa pub, ok. On suppose que ça peut nuire à sa vocation d’outil d’information, ok. Est-ce que c’est pas le cas également de la presse ? Qui informe et qui sert de support publicitaire ? Et d’ailleurs, les rapports entre Google et les médias, y’aurait pas moyen de les analyser un petit peu ? Ca aurait été potentiellement un peu plus intéressant qu’une succession fadasse et délavée d’arguments pas forcément inexacts mais ô combien éventés.

Pour les quatre chapitres suivants, la gratuité ne suffira pas, il faudra me payer

Définitivement, je cherche une qualité aux 23 pages que j’ai lues et je n’en trouve aucune. On avait « Photoshop pour les nuls », voici « la critique de Google pour les nuls ». Permettra t-elle aux ménagères de 50 ans de briller en salon ? Rien n’est moins sûr. En tous cas à l’auteur qui, très vertueusement, analyse à longueur de pages les arrières pensées économiques de Google, on a envie de demander : « Dites, vous pensez vraiment que vous allez parvenir à vous faire du pognon avec ça ? »

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Comments

  1. On octobre 07, 2009 Lati99 says:

    Incroyable !

    Est-il possible de parler d’un livre que l’on a pas lu ?
    En plus de manière très agressive.

    MOI j’ai lu le livre, c’est-à-dire les 5 chapitres et pas simplement le premier, et je trouve ça TRES BIEN.

    Je vous souhaite, M. Vermorel, pouvoir écrire un jour quelque chose d’aussi sensé.

  2. On octobre 07, 2009 Renaud Chareyre says:

    Bonjour,

    Si nous comprenons bien, VOUS N’AVEZ PAS LU LE LIVRE.

    Vous reconnaissez avoir lu seulement le Chapitre 1 du Google Spleen, qui en compte 5 au total. Nous considérons que cette donnée mériterait de figurer sans équivoque au tout début de votre post.

    Vous racontez ce qu’il y a et ce qu’il n’y a pas, selon vous, dans le livre, SANS JAMAIS L’AVOIR EU EN MAIN. Vous commentez ce que vous imaginez devoir être présent dans l’ouvrage, SANS EN AVOIR CONNAISSANCE. Affabulations. Et tout ça, au vitriol.

    Cela ne nous semble pas sérieux.

    Le Google Spleen comporte 5 chapitres et le Chapitre 1 est en effet une synthèse historique de Google, pour permettre à l’ensemble des lecteurs, internautes expérimentés ou pas, de se familiariser avec le sujet. Nous ne sommes pas étonnés que comme professionnel averti d’Internet, vous n’ayez pas appris grand chose dans le Chapitre 1, mais il s’avère que des lecteurs moins habitués à surfer sur le réseau y trouvent au contraire un très grand intérêt. Ce contenu est naturellement nécessaire à la compréhension des chapitres suivants.

    Respectueusement,

    Renaud Chareyre
    Auteur du Google Spleen

  3. On octobre 07, 2009 François Vermorel says:

    Hum… vous ne pouvez pas à la fois écrire un livre à charge et vous étonner qu’on ne vous jette pas que des fleurs.

    J’écris assez clairement que je n’ai lu que le chapitre 1 et j’assume qu’il ne m’a pas donné envie de poursuivre. Cependant, n’hésitez pas à me faire mentir : appâtez nous avec une info, une analyse contenue dans la suite de votre livre et que je n’aurai pas déjà lue cent fois.

    Hé, vous avez vu, c’est bien un blog. On peut y discuter, y confronter des opinions… pourquoi n’en avez vous pas installé un sur Google Spleen ? Si les gars de Google vous y avaient répondu, personnellement, j’achetais direct votre livre pour suivre les débats.

    PS : à Lati99 : par curiosité, qu’avez vous aimé dans « Google Spleen » ?

  4. On octobre 08, 2009 Serval2a says:

    Salut,
    Pour préciser je viens de WRI alléché par le happening, mais franchement, sans l’avoir lu, je ne comprends pas ce qu’il y a à reprocher à ce livre car en premier lieu comme tout livre, et même tout écrit même électronique, il a le droit et le mérite d’exister et de diffuser le point de vue de son auteur (il n’est pas pire en cela que les mémoires de Loana).
    Ensuite en tant qu’éditeur et écrivaillon à mes heures, je ne comprends pas non plus comment on peut faire « la critique » d’un livre qu’on a pas lu étant dit que l’auteur ne va pas évidemment diffuser les meilleurs parties de son œuvre ; sauf bien entendu à vouloir en faire la promotion par moyen détourné, sciemment ou pas.
    Enfin et contrairement à ce que l’on pourrait penser (nous autres habitués de la création de sites internet) : non ce que l’auteur du présent blog considère comme connu de tous ne l’est pas. Les principes de Google, Twitter, facebook et consorts sont un mystère pour la plupart des gens c’est pour cela qu’il y a des webmasters pro, des codeurs, des référenceurs, etc.
    Toutefois, la « critique » étant libre j’invite donc l’auteur du blog à se procurer ledit livre et à nous en faire une vraie critique au delà du premier chapitre ;)
    je la lirai avec plaisir.
    @+

  5. On octobre 08, 2009 François Vermorel says:

    Mettons les choses au point : je ne prétends pas faire la critique du livre. Juste de l’événement, tel que j’ai pu le vivre : un emailing + 1 site + un chapitre en téléchargement. Qu’est ce que ça m’inspire ? Ben le contenu de l’article ci-dessus.

    Mettons que je fais davantage la critique de la communication de l’auteur que celle de son livre.

    Après, oui ce bouquin a le droit d’exister. Et, non, comme dit plus haut, je ne pense pas me le procurer. Mais si d’autres le font, je serai heureux de lire ce qu’ils en pensent sur WRI, notamment.

  6. On février 13, 2010 jm says:

    Francois a raisona raison. Le journaliste en question parle pour ne rien dire: http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/13/pertinence-et-publicite-sur-google-un-marche-de-dupes-par-renaud-chareyre_1305166_3232.html

    D’une part parcequ’il n’est pas tres informe (visiblement il confond Adwords et Adsense) ensuite parce que la principale raison pour laquelle Google est discret sur son algorithme de placement c’est a cause de la fraude: sur les cliques et surtout sur les liens.

    Google est donc pris entre d’une part son objectivite de principe (nos regles sont claires pour Adwords, nos resultats sont juste le fait d’un alorithme automatique) et d’autre part le SPAM incessant promu par les specialistes du placement (les fameux SEO – Search Engine Optimization specialists).

    Le grand secret c’est que pour eviter le SPAM (par exemple les fermes de serveurs de liens qui modifient artificiellement l’ordre des resultats non payants) Google est oblige’ de bidouiller son algorithmes a la main. Et ca bien sur il ne peut pas le dire sans affoler les ligues de vertus…

    Au passage et contrairement a l’auteur j’ai eu et j’ai encore plein d’amis qui bossent chez Google (vecu 15 ans dans la Valley)

    jm

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